Vogue. Vous avez tous les deux uni votre force créative avec celle de nombreux artistes tout au long de votre carrière. Qu’est-ce qui est essentiel pour vous dans le concept de collaboration ?
KJ. “On apprend, on découvre de nouvelles choses. Si vous écoutez, que vous apprenez et que vous observez, vous pouvez faire beaucoup de choses. La collaboration me permet de défier la manière dont je perçois les choses qui m’entourent. C’est drôle, les gens disent souvent, ‘Ah, Kim ne fait que des collaborations’. Ce qui n’est pas vrai… Ce concept m’a permis de travailler avec des personnes talentueuses que j’admire comme Tremaine (Emory) et ERL. Je ne suis pas un énorme égoïste dans ce domaine. Je travaille pour une maison, mon nom n’est pas au-dessus de la porte. Je m’intègre dans ce rôle que j’apprécie, j’aime jouer avec les archives et travailler dans le cadre d’un brief donné. Le brief chez Dior, c’est Dior, pas mon propre univers. J’ai tout de même réussi à marquer la maison de ma touche. Même si je ne porte pas beaucoup de tailoring, j’adore en faire, et Dior est le meilleur endroit pour ça. Alors quand je crée, je ne pense jamais à moi, c’est toujours à propos des gens qui vont acheter les vêtements.”
CJL. “Pour moi, la collaboration est liée à l’idée de collectif. Je ne suis pas quelqu’un d’ultra-concentré sur ma vision personnelle, mais plutôt très sociable. J’ai réalisé que ma force, c’est de travailler en équipe et de rassembler les gens pour créer quelque chose de singulier. Pour élaborer un défilé ou une présentation, on doit penser à l’environnement dans son ensemble : la lumière, l’odeur, la musique. Tous ces éléments impliquent des talents différents. Je m’épanouis dans cet espace où je peux agir comme médiateur entre les gens. J’aime aussi enseigner, car je ressens le potentiel des jeunes créateurs. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles on s’entend bien, Kim et moi. C’est essentiel d’être une personne à l’écoute.”
Vogue. Kim, avez-vous apprécié enseigner à la Central Saint Martins à Londres ?
KJ. “C’était une expérience formidable. J’adore voir évoluer les gens et les suivre aux différents stades de leur carrière, qu’ils soient étudiants, diplômés, ou déjà indépendants et couronnés de succès. Depuis la pandémie et le Brexit, être un jeune créateur londonien, c’est difficile, donc tout ce qu’on peut faire pour les soutenir, on le fait. Évidemment, dévoiler sa collection à Paris comme le fait Charles, c’est sympa parce qu’il y a plus d’acheteurs, de presse, l’énergie est différente. Les gens prennent ça plus au sérieux. Londres doit tout de même revenir sur le devant de la scène, et ça va arriver.”