C’est avec une immense tristesse que Vogue France apprenait, ce jeudi 16 janvier 2025, la disparition de David Lynch, cinéaste iconoclaste, décédé à 78 ans. Euphémisme que de dire sa mort prend au dépourvu. Bien que malade (on le diagnostiquait d’un emphysème pulmonaire l’année dernière), le réalisateur nous semblait immortel. Nul n’avait filmé Los Angeles avec plus de beauté et d’étrangeté que lui, bien qu’on lui trouvait une parenté filmique avec des noms tel qu’Alfred Hitchcock ou Stanley Kubrick. Mais si l’on avait mis au point l’adjectif “lynchéen” – c’est bien que ses films (dix long-métrages au compteur) se détachaient du fait d’une singularité touchante, marquée par son affection pour l’univers carnavalesque, la musique, inoubliable, d’Angelo Badalamenti, les monstres, les doubles et les brushing hollywoodiens.
Après des études aux Beaux Arts, David Lynch passe de la peinture au cinéma avec un naturel déconcertant. L’une de ses premières idées filmiques est l’adaptation de l’un de ses tableaux – celui d’une maison poussant sur le dos d’un bossu. Un projet abandonné, comme le seront de nombreux autres par la suite. Vogue France rend hommage au réalisateur à travers ces projets aboutis – les meilleurs d’entre eux, selon nous.
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Eraserhead (1977)
Il aimait dire qu’Eraserhead était son film le plus spirituel (sans jamais l’expliquer, comme à son habitude) et qu’il en avait eu l’idée en ouvrant la Bible (sans jamais précisé le verset exact qui l’avait alors inspiré). Marié à 21 ans, père à 22, David Lynch passe le début de sa vingtaine à Philadelphie (ville qu’il abhorre) dans un mariage qui bat de l’aile. Fauché, il tente d’élever sa fille, Jennifer, née avec un pied bot. Voilà donc le terrain fertile de l’élaboration du scénario d’Eraserhead, son premier long-métrage, au sein duquel un jeune homme, tout juste marié et abandonné par son épouse, doit s’occuper d’un nouveau né avant de sombrer dans le fantasme et le cauchemar.
Lorsque le distributeur français achète les droits d’Eraserhead après le succès d’Elephant Man (son second film), il choisit de changer le nom de l’œuvre pour Labyrinth Man. Anecdote qui donne le ton du long-métrage, un cauchemar en noir et blanc né après des années de travail éreintantes et conçu avec des moyens artisanaux. On doit la naissance d’Eraserhead au doyen de l’American Film Institute, où David Lynch étudiait, qui milite ardemment pour que l’œuvre voit le jour. En résulte un film comme un mauvais rêve, rythmé par d’incessants bruits de machinerie sur lesquels le cinéaste a travaillé pendant plus d’un an.
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