Les 11 livres féministes qu'il faut avoir lus dans sa vie

La Femme mystifiée a entraîné de nombreux changements positifs, et est aujourd’hui considéré comme le déclencheur de la deuxième vague féministe aux États-Unis, ayant même eu une influence sur une loi exigeant la parité salariale. Mais la portée de l’ouvrage était limitée, puisqu’il ne concernait que des femmes blanches fortunées qui pouvaient se permettre d’être femmes au foyer, négligeant ainsi les groupes marginalisés et les plus faibles classes sociales, dont la majorité était déjà sur le marché du travail. Cela étant, sa prose agréable et pertinente a permis de mettre en avant la question des droits des femmes, et de présenter le féminisme comme une cause à la fois noble et sensée.

Betty Friedan – La Femme mystifiée

Femmes, race et classe de Angela Davis (1981)

81 ans aujourd’hui, Angela Davis est née en 1944 dans le sud des États-Unis, là où les lois ségrégationnistes sont le plus durement mises en œuvre. Fille d’intellectuels afro-américains (ses deux parents sont professeurs), elle suit des études de philosophie d’abord à New York, puis en France et en Allemagne. De retour aux États-Unis, elle se rapproche du mouvement des Civil Rights, des Black Panthers, et adhère au parti communiste, alors clandestin dans le pays, dans la grande période du maccarthysme, sous Ronald Reagan. Elle est à ce titre emprisonnée pendant deux ans, car suspectée d’être associée à un attentat. Une peine de prison décriée dans le monde entier, qui va jusqu’à provoquer la réaction de John Lennon, Yoko Ono et des Rolling Stones.

En 1981, Angela Davis publie Femmes, race et classe. Un ouvrage qui se concentre sur l’exclusion des femmes noires ouvrières des mouvements féministes. Il est peut-être le premier à faire exister l’intersectionnalité, bien que le terme n’apparaisse que huit ans plus tard, sous la plume de la juriste et professeure Kimberlé Crenshaw. Dans son texte, Davis s’attache à montrer comment le patriarcat et le capitalisme fonctionnent main dans la main pour diviser les minorités et faire perdurer leur système inégalitaire. Elle raconte par exemple comment les femmes noires, à l’époque de l’esclavage, effectuaient le même travail que les hommes, mais subissaient des crimes supplémentaires, comme le viol, qui les ramenaient à leurs conditions féminines, en plus de leurs statuts d’esclaves.

Angela Davis – Femmes, race et classe

La pensée straight de Monique Wittig (2001)

Écrits à l’aube des années 1990, ce n’est pas avant 2001 que les textes qui composent La Pensée straight, formidable essai de Monique Wittig, ne sont publiés en France sous la forme d’un ouvrage à la fois précis et révolutionnaire. Ici, l’autrice fustige l’hétérosexualité envisagée comme une structure politique d’oppression pour les femmes et les lesbiennes. À travers plusieurs articles, transformés en chapitres, elle réclame ainsi l’abolition des catégories de sexe, qu’elle considère comme discriminatoire, rejette le contrat social proposé par Jean-Jacques Rousseau, fondé selon elle sur l’exploitation des femmes, et pense la littérature comme une machine de guerre face à l’idéologie dominante. Un essai comme un pamphlet, donc, pour renverser la conception binaire des êtres humains (les hommes d’un côté, les femmes de l’autre) et ouvrir le champ vers d’autres possibles. Incontournable parmi les livres féministes à avoir lu dans sa vie.

Monique Wittig – La Pensée straight

La contrainte à l’hétérosexualité de Adrienne Rich (2010)

On doit à Adrienne Rich, penseuse féministe américaine émérite et radicale, la théorisation du “continuum lesbien”, défini comme les liens de solidarité et de créativité tissent les femmes entre elles, que ces liens soient amoureux ou amicaux. Au cours des années 1960, son œuvre explore autant de questions que sont l’identité, la sexualité et la politique, et plus que tout, leurs manières d’interagir. Mais c’est plus tard, en 1980, qu’elle public l’un des ses chefs d’œuvres, l’essai lumineux La contrainte à l’hétérosexualité., où elle aborde frontalement l’existence lesbienne, qu’elle effleurait jusqu’alors. L’autrice s’y interroge : comment et pourquoi le choix des femmes comme camarades passionnées, partenaires de vie, collègues de travail ou amantes, a été écrasé, invalidé, invisibilisé ? L’ouvrage invite ainsi à remettre en question l’hétérosexualité, que Rich refuse de considérer comme “naturelle” ou “intrinsèque” à l’expérience humaine. Au contraire, elle propose à ses lecteur·ices de percevoir l’hétérosexualité comme une “institution” imposée à de nombreuses cultures et sociétés afin de placer les femmes dans des situations subalternes, et par là même, effacer l’existence des lesbiennes. In fine, Adrienne Rich y encourage les féministes hétérosexuelles à appréhender l’hétérosexualité en tant qu’institution politique qui prive les femmes de leur pouvoir, pour ainsi mieux la renverser.

Adrienne Rich – La contrainte à l’hétérosexualité et autres essais

How We Get Free de Keeanga-Yamahtta Taylor (2017)

Publié en 2017, How We Get Free se penche sur l’héritage laissé par un groupe de féministes afro-américaines radicales appelé Combahee River Collective, actif dans les années 1970. Avec son livre qui prend la forme d’une collection d’interviews d’anciennes membres clefs du groupe, Keeanga-Yamahtta Taylor, professeure à l’université de Princeton, parvient à créer une captivante histoire orale. Les fondatrices du groupe y évoquent leurs contributions au féminisme noir, comme l’invention du terme “politique identitaire”, et parlent de leur évolution d’organisatrices politiques populaires en activistes nationalement reconnues. Le livre a déjà été acclamé par la critique, mais son impact direct reste à venir – il pourrait servir de guide de révolution pour une nouvelle génération d’activistes politiques prêts à faire bouger le féminisme traditionnel. How We Get Free est d’autant plus remarquable que l’autrice n’a ni retouché ni tronqué les interviews. Ce format donne aux personnes interviewées une certaine liberté, un espace dans lequel elles peuvent partager l’intégralité de leur histoire, ce qui permet également aux lecteur·ices de saisir la personnalité de ces femmes et le poids de leur expérience et de leur dévouement à la cause.

Keeanga-Yamahtta Taylor – How We Get Free

Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie (2014)

L’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie n’avait pas terminé d’écrire son livre quand elle a participé à la conférence TEDx en 2012 ; une faveur pour faire plaisir à son frère qui organisait l’événement à Londres. Dans une interview avec Vogue, Adichie a confié qu’elle ne s’attendait absolument pas à ce que la vidéo rencontre un tel succès. Son discours a été écouté par des millions de personnes en ligne, et le livre du même nom, publié en 2014, a par la suite inspiré Dior qui a imprimé le titre de l’ouvrage sur des tee-shirts. Beyoncé a quant à elle inclus des extraits de la vidéo dans son album Lemonade. Nous sommes tous des féministes est une méditation pragmatique de ce qu’est réellement le féminisme – une demande d’égalité – et un cri de ralliement pour que les hommes comme les femmes adoptent et acceptent ce terme. L’autrice reconnaît le tort que le patriarcat a causé à des générations d’hommes et de femmes, mais ne laisse pas ses lecteurs avec un sentiment d’impuissance face au status quo. Au contraire, elle les invite à se révolter : “La culture ne fait pas les gens. Les gens font la culture. S’il est vrai que la pleine humanité des femmes n’est pas notre culture, alors nous pouvons et nous devons en faire notre culture.”

Chimamanda Ngozi Adichie – Nous sommes tous des féministes

Sortir de l’hétérosexualité, Juliet Drouar (2021)

Le thérapeute Juliet Drouar, déjà créateur d’un festival du même nom, suggère, dans un pamphlet intransigeant, de Sortir de l’hétérosexualité. Ce programme constituant à faire s’accoupler hommes et femmes n’a rien d’un instinct naturel, ni d’un désir individuel, mais d’un programme politique visant à perpétuer la binarité femme/homme, sur laquelle est construit l’ensemble de la société capitaliste.

Juliet Drouar – Sortir de l’hétérosexualité

À propos d’amour de bell hooks (2022)

Plus de vingt ans après sa publication, l’essai À propos d’amour de bell hooks n’a pas perdu une once de sa force. Il se lit et s’échange à nouveau entre les mains des nouvelles générations de féministes qui questionnent de plus en plus les relations amoureuses et interpersonnelles. En France, le livre de l’intellectuelle et militante étasunienne connaît un vif engouement depuis sa traduction aux éditions Divergences, en octobre 2022. L’ouvrage apporte en effet un éclairage politique à la notion de l’amour – qui, malgré l’intérêt qu’elle suscite, a longtemps été tenue à l’écart des sujets de théorie politique – et écarte les idées reçues qui l’encombrent. Soit la promesse d’un discours essentiel, à réhabiliter de toute urgence. Parmi nos livres féministes favoris, toutes époques confondues.

bell hooks – À propos d’amour : nouvelles visions (éditions Divergences)

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