En l’espace de quelques années, Théo Christine s’est infiltré parmi la nouvelle garde du cinéma français. Un ado en pleine affirmation de soi, la tête brûlée du rap JoeyStarr, un policier d’élite, l’amant d’un photographe dans le Paris des “années sida”… Le comédien ne craint pas les grands écarts en matière de rôle. Au contraire, il semble même que cela l’attire fougueusement. C’est avec cette supposition que nous engageons la conversation lors de notre rencontre au Arcs Film Festival 2024, où l’acteur est venu présenter ses prochains longs-métrages. “Je ne veux pas faire la même chose et qu’on finisse par m’assigner à un seul et même type de personnage, dit-il. Ça ne m’intéresse pas du tout.” Une chose est sûre, ce n’est pas en 2025 que les critiques réussiront à lui coller une étiquette : d’abord apprenti volcanologue en Guadeloupe aux côtés de la géniale Marina Foïs, Théo Christine se glissera ensuite dans les jeans baggy d’un marginal féru de skate habitant la campagne périgourdine.
Théo Christine dans Magma, de Cyprien Vial (2025).© Pyramide Films
L’énergie Théo Christine
Théo Christine ne se destinait pas à être acteur. Plus jeune, il faisait beaucoup de sport, notamment du surf à haut niveau. Né en 1996, il grandit entre la Vendée et la Martinique où il passe ses journées près de l’océan, à prendre les vagues. Un jour, sa sœur lui offre un stage d’été au cours Florent, à Paris. Sa passion pour la comédie s’éveille. Elle mûrit devant les films de Denzel Washington et de Sidney Poitier, cinéastes “qui ont ouvert beaucoup de portes pour les gens de couleur dans le milieu du cinéma”, rapporte le jeune homme, qui admire également l’œuvre des frères Safdie ou de Sean Baker. Quitte à se jeter à l’eau dans cette industrie, autant que ce soit pour les bonnes raisons, et les bons rôles. Et Théo Christine les enchaîne, que ce soit au théâtre, à la télévision ou au cinéma – où il côtoie rapidement un Nicolas Maury (dans le drame d’auteur Garçon Chiffon), une Leïla Bekhti ou un Swann Arlaud (dans le film fantastique Comment je suis devenu super-héros).
À 25 ans, l’acteur se glisse avec ardeur dans la peau de JoeyStarr pour le film Suprêmes (2020), qui sonde l’ascension du groupe NTM à la fin des années 1980. Devant la caméra d’Audrey Estrougo, son talent explose. Après l’avoir dirigé dans son précédent film, le drame familial À la folie (2019), la réalisatrice lui offre son premier grand rôle. Sa vision du métier se précise alors : Théo Christine voudrait “changer les mentalités afin d’orienter la société vers plus d’égalité, d’unité et d’amour.” Il explique : “C’est utopiste mais, selon moi, c’est la plus belle chose que l’on puisse faire avec le cinéma.” Il se retrouve ainsi parmi les acteurs principaux de Vermines, un survival movie à la française enseveli par les araignées. Qu’on soit amateur·ice ou non de ces petites (voire très grosses) bébêtes, le film de Sébastien Vaniček est surtout l’occasion de voir briller l’amitié et la solidarité au sein d’une banlieue trop souvent victime de préjugés. Il permet notamment à Théo Christine de “travailler dans la chair”. Interrogé à ce sujet en décembre 2023, le cinéaste confiait : “J’avais à cœur de travailler avec quelqu’un qui peut autant porter le projet que moi, qui soit prêt à se saigner pour lui. C’est ce que Théo a fait… au sens propre comme au figuré.”