Rencontre avec Karla Sofía Gascón, star du film Emilia Pérez : “J'ai aidé Jacques Audiard à mieux comprendre la transidentité”

J’avais vu quelques-uns de ses films, les plus importants, mais j’avais du mal à mesurer son influence. C’est surtout le premier jour du tournage que j’ai compris son importance. Quand il est arrivé sur le plateau, toute l’équipe est devenue très nerveuse. Tout le monde était au garde-à-vous pour lui ! Ma relation avec Jacques était unique, car il était mon réalisateur, et j’étais son actrice. Nous avions le luxe de pouvoir nous entretenir à deux. C’était très intéressant de le voir traité avec autant de respect par toute son équipe. Vous savez quoi ? Je ne l’ai jamais dit à personne, mais pour moi, Jacques, c’est le Napoléon du cinéma !

À Cannes, vous avez beaucoup dit qu’il était fou. Qu’est-ce que vous entendiez par là ?

C’est une personne passionnée, créative. Un vrai génie. Et l’amour qu’il porte pour son travail et pour le cinéma n’a aucune limite. Il a également une extraordinaire capacité à s’amuser et à jouer comme un enfant. C’est merveilleux à voir. Je n’ai jamais vu de cinéaste aussi joyeux sur un tournage ! J’ai l’habitude de tourner avec des réalisateurs pincés, qui crient sur leurs équipes en pensant que ça permet d’avancer plus vite. Jacques est à l’opposé de ces figures, tout en conservant son sérieux et sa maîtrise ! Je me souviens que sur le tournage, j’ai dû lui passer un savon : pendant une scène très sérieuse, il gesticulait dans tous les sens, comme un vrai fou, derrière sa caméra, ça me déconcentrait !

Comment se sont déroulées les auditions ?

Oui. Avant qu’on me dise enfin oui, ce sont des mois et des mois de travail ! J’ai fait des essais de toute sorte. Je suis la première actrice à avoir intégré le casting, donc j’ai dû faire des tests avec des dizaines d’actrices, mais aussi des professeurs de chant et des coachs vocaux. C’était un travail très difficile, un vrai exercice de résilience. D’autant plus que je n’ai appris que bien plus tard que j’aurais les deux rôles : celui d’Emilia Pérez comme celui de Manitas. Vous savez, Audiard est un type très sérieux ! Il ne dit rien à la légère et pèse chacun de ses mots. Il attend d’être totalement convaincu avant de vous dire oui.

Était-ce un tournage très différent de ce dont vous aviez l’habitude jusqu’ici ?

Complètement. Il y avait quelques similitudes, mais c’est le tournage le plus sérieux que j’ai pu fréquenter de toute ma vie. Ça m’a rappelé un tournage au Mexique, celui du film Nosotros los Nobles qui a battu des records d’entrée dans le pays. C’était la première fois que j’accédais à une telle notoriété, au niveau local. Emilia Pérez me fait le même effet, mais au niveau mondial. Je pourrais presque prédire que le film sera un immense succès, et qu’il marquera son époque.

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