Un parfait inconnu : Timothée Chalamet est brillant sous les traits de Bob Dylan

© James Mangold / Searchlight Pictures / Courtesy Everett Collection

Dans Un parfait inconnu, on suit l’arrivée du chanteur à New York, en 1961. Il est alors âgé de 19 ans et, une guitare en guise d’unique bagage, a fait plus de 2 000 kilomètres afin “de trouver l’étincelle”, comme il le dit. Cela commence par rendre visite à son idole, Woodie Guthrie (Scoot McNairy), en convalescence dans un hôpital du New Jersey. Là, entre les murs d’une chambre glaciale, Bob Dylan fait la connaissance de Pete Seeger (Edward Norton), pionnier de la musique folk et acolyte de Woodie. Comme une façon de s’introduire à eux à travers le langage qui les réunit, il joue un air à la guitare, celui de “Song to Woody” qui figurera sur son premier album éponyme un an plus tard. Suite à cet instant, Pete prend le garçon sous son aile, l’emmenant dans les scènes ouvertes de Greenwich Village, où il se frotte à quelques visages déjà bien établis du cercle de la folk, dont une Joan Baez envoûtante (interprétée par la très prometteuse Monica Barbaro). Ils sont attirés l’un par l’autre, mais Bob a aussi des vues sur une autre femme : Sylvie Russo, une artiste et militante des droits civiques qui est une version rebaptisée de la petite amie de Dylan à cette époque, Suze Rotolo, qui apparaît avec lui sur la couverture de The Freewheelin’ Bob Dylan. Bien que la fabuleuse Elle Fanning offre toujours un jeu agréable à regarder, on regrette que sa partition n’ait pas pu en montrer davantage sur son personnage et notamment l’impact de son activisme sur l’éveil politique de Dylan. À l’écran, elle est cantonnée à la sphère privée, à l’attente de son amant, qu’elle soutient envers et contre tous, y compris son propre bonheur.

Ces deux relations élèvent la carrière du jeune inconnu : il commence à écrire ses propres chansons plutôt que de reprendre des classiques, Joan chante ses titres et contribue ainsi à le faire connaître davantage, puis l’invite sur scène où il connaît un immense succès. Rapidement assailli par les fans et la célébrité, Bob Dylan se mure derrière des lunettes noires et une apparence plus dure, peut-être la seule qu’il ait trouvé pour traverser ce monde. C’est à ce moment qu’il troque ses airs populaires tels que “The Times They Are a-Changin’” pour s’essayer à des sons plus polis et électriques, qui provoquent frustration et colère de la part du public, incapable de voir que leur star n’est finalement qu’un jeune homme à la recherche de nouveauté, d’exaltation et surtout de compagnons de route avec qui partager la joie d’être sur scène. Lorsqu’il s’éloigne dans l’horizon sur sa moto à la fin du film, on comprend qu’il se dirige vers l’avenir qu’il s’imagine pour lui-même, loin des carcans, des attentes et des désirs d’autrui. La conclusion proposée par James Mangold reste pourtant très académique. À l’image du long-métrage, dont la structure narrative est conventionnelle et sans surprise, on reste sur notre faim, la sensation d’avoir regardé une œuvre qui n’est pas aussi complexe que celui qu’elle tente de dépeindre. Pour la performance de Timothée Chalamet cependant, qui assure ici l’un de ses rôles les plus importants depuis un certain temps, Un parfait inconnu mérite tout de même d’être vu. De sa diction à sa posture, de sa démarche à son regard toujours un peu distant, l’acteur a fourni un travail remarquable et semble s’être garanti une place parmi les nominés aux prochains Oscars. On le lui souhaite.

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