Victoire Tuaillon révèle ses 15 livres préférés de l'année 2024

C’est depuis Instagram que la journaliste indépendante autrice féministe Victoire Tuaillon s’est essayée au jeu des bilans de fin d’année. Elle choisit de faire celui des meilleurs livres, cumulant depuis longtemps les ouvrages, dont ses favoris se voient d’ailleurs régulièrement commentés sur ses réseaux sociaux. Mais les livres, Victoire Tuaillon ne fait pas que de les lire, elle les écrit également. L’aventure commence avec Les Couilles sur la table, publié en octobre 2019, suivi du Cœur sur la table, deux ans plus tard. Tous deux parus dans la continuité de ses podcasts produits par Binge Audio, ils interrogent les relations contemporaines (amicales, amoureuses, familiales ou professionnelles) au regard de nos constructions patriarcales.

En 2024, le goût de la journaliste pour la lecture ne semble pas s’en être allé, bien au contraire. D’un thriller sociologique à une épopée adolescente en passant par un roman d’adultère et une exploration queer de l’amitié, Victoire Tuaillon a profité des derniers mois pour alourdir les étagères de sa bibliothèques avec des livres tantôt réjouissants, tantôt déchirants (parfois les deux à la fois). Soit autant de découvertes littéraires qui l’ont bouleversée, et qui pourraient aussi vous émouvoir. Victoire Tuaillon développe par ailleurs chacun de ces titres dans sa géniale newsletter Renverser la table, dont on ne peut que vous recommander de suivre (elle est gratuite).

Le mal joli d’Emma Becker

L’adultère dans tous ses états, de la passion dévorante à la charge mentale. C’est ce que nous raconte, avec un éclat romanesque qui ne s’embarrasse d’aucun tabou, Emma Becker. Après s’être attardée sur l’expérience maternelle (L’Inconduite) ou son expérience en maison close, avec La Maison depuis adapté au cinéma, l’écrivaine nous bouleverse avec ce récit où son alter ego, mariée et mère de deux enfants, tombe amoureuse d’un écrivain… de droite ! Cru et érudit, sexy et mélancolique, ce Mal joli est exaltant.

Emma Becker – Le mal joli

Pour Britney de Louise Chennevière

Un jour, une photo d’enfance jusqu’ici oubliée rappelle à Louise Chennevière sa passion, adolescente rêvant de chanter et danser, pour Britney Spears. Avant de la renier totalement…. Après la révélation de Comme la chienne et la confirmation de Mausolée, la romancière française décide ici de plaider la cause de l’icône pop la plus clashée du XXIe siècle, mais aussi de l’écrivaine Nelly Arcan, violemment traitée par les médias pour son travail autofictionnel – où elle rapportait ses expériences de travailleuse du sexe. En 2009, elle se suicide. Britney Spears, Nelly Arcan, deux victimes de l’hypersexualisation… et de la misogynie. Louise Chennevière poursuit sa quête littéraire avec cet hommage vibrant, politique et donc intime, intime parce que politique.

Louise Chennevière – Pour Britney

Frapper l’épopée d’Alice Zeniter

En 2019, l’autrice Alice Zeniter se rend en Nouvelle-Calédonie pour présenter son best-seller L’art de perdre. Un voyage promotionnel qui est, à l’époque, loin de faire germer en elle l’idée d’un roman. Comme souvent chez l’écrivaine, c’est l’histoire qui amène le mouvement littéraire. En résulte un récit miroir à celui de L’art de perdre, qui s’en détache pourtant, notamment par sa forme renouvelée par les nombreuses réflexions de l’autrice sur ses propres mécanismes d’écriture. Dans Frapper l’épopée, Alice Zeniter ne se gêne pas pour casser le rythme du récit, flirter avec le fantastique, ou même prendre le temps de considérer ceux qu’elle appelle les “vivants non-humains” (comprendre : la faune et la flore) comme de réels personnages à construire et apprécier.

Alice Zeniter – Frapper l’épopée

Mes enfants sont partis de Julie Bonnie

Dans ce récit mêlé de fiction, l’écrivaine française Julie Bonnie (qui est aussi musicienne, violoniste, guitariste et compositrice) sonde la vie de celles que la société refuse de voir et de représenter : les femmes ménopausées. Un sujet qui, comme les rides et le vieillissement de manière générale, parvient timidement à se montrer, bien que défendu par une armée de plumes féminines qui n’ont pas peur de s’en emparer. Retracer les joies et les désastres de la cinquantaine, voici le projet de l’autrice qui vient d’entrer dans la décennie. Lorsqu’elle se réveille le lendemain de son anniversaire, l’insouciance de la fête semble déjà bien éloignée : ses deux enfants s’apprêtent à quitter en même temps le foyer familial pour étudier et goûter à leur tour à l’indépendance. Et comme si cela ne suffisait pas, une visite auprès de sa gynécologue suffit à mettre le mot “ménopause” au cœur de ses pensées. Son esprit se vide, se remplit, et ne cesse de s’agiter. C’est l’affolement. Ni une ni deux, la narratrice se met à avoir des crises d’angoisse. Un parcours difficile que Julie Bonnie raconte non sans humour dans Mes enfants sont partis, où elle rassemble les histoires d’autres femmes à la sienne, formant ainsi une grande et belle toile sororale.

Julie Bonnie – Mes enfants sont partis

Le Pays de nulle part de Doan Bui

Roman de deuil qui lacère le cœur dès que l’on lui touche les premières pages, Le Pays de Nulle part est aussi une déclaration d’amour singulière, celle de Doan Bui à Mê-Linh, son bébé partie trop tôt pour “Neverland”, le pays des enfants perdus de Peter Pan. Au fil d’une écriture très personnelle, entamée il y a plus de dix ans, la journaliste, autrice, et essayiste française pose des mots sur une douleur infinie et livre un hommage poétique, qui se frotte à l’humour noir, au nourrisson qu’elle n’a presque pas connu mais déjà tant aimé.

Doan Bui – Le Pays de nulle part

Un désir démesuré d’amitié de Hélène Giannecchini

Il y a les amitiés qui forgent, qui sont là depuis la nuit des temps et qui le resteront. Il y a celles qui ne font que passer, mais qui n’en sont pas moins intenses et passionnelles. Il y a les amitiés qui sauvent aussi, celles sur qui on peut compter quoiqu’il advienne, qui nous épaulent et laissent un peu de lumière sur leur passage. Il y a les amitiés qui renversent tout et celles qui font simplement du bien. Il y a autant d’amitiés que de personnes possibles, et c’est peut-être simplement pour cela qu’il est urgent de reconnaître leur importance (intime et personnelle, mais aussi collective et politique). À la lecture d’Un désir démesuré d’amitié, on comprend que les valoriser ne va pas de soi. Pourtant, c’est bien ce qu’entreprend de faire Hélène Giannecchini dans son nouveau livre : partir à la recherche de son passé et des relations qui l’ont marqué. Une enquête qui mène l’autrice à se poser la question de la filiation : comment se composer une généalogie alternative, cette autre famille que l’on dit choisie et qui permet d’inventer de nouvelles histoires de vie ?

Hélène Giannecchini – Un désir démesuré d’amitié

Celles qui peuvent encore marcher et sourire d’Océane Perona

Pour son premier roman, Celles qui peuvent encore marcher et sourire, la sociologue spécialisée dans le traitement des violences sexuelles Océane Perona nous plonge dans le quotidien d’un service de police où les journées se suivent et les procès-verbaux d’audition de victimes de viol s’accumulent. Une immersion chargée en émotions comme en traumatismes, racontée avec une ironie à la fois désabusée et haletante, nous laissant dans une lecture sous tension durant près de 240 pages.

Océane Perona – Celles qui peuvent encore marcher et sourire

Le Paradoxe du rire d’Olivia Gazalé

Pour parler du rire, c’est la forme de l’essai qu’Olivia Gazalé a choisi. De l’Antiquité à nos jours, à la rencontre des penseurs, des auteurs comiques et des humoristes, d’Aristophane à Blanche Gardin, en passant par Rabelais, Voltaire et Oscar Wilde, la philosophe compose une plongée captivante dans l’histoire de cette expression (qui est autant un phénomène naturel anodin qu’un fait social complexe et lourd de sens).

Olivia Gazalé – Le paradoxe du rire

Le Double de Naomi Klein

Dans cet essai coup de poing paru aux éditions Actes Sud, la journaliste et militante écologiste canadienne Naomi Klein livre une enquête vertigineuse sur la montée du conspirationnisme à l’ère des réseaux sociaux et du capitalisme de surveillance. Pour ce faire, elle prend pour point de départ une histoire tout à fait étonnante : celle de la confusion entre elle et la complotiste américaine Naomi Wolf. Piégée dans ce “monde miroir” comme elle l’appelle, l’autrice est loin d’être la seule. Le cyberespace est devenu en quelques années, le terrain privilégié d’enjeux d’opinions et d’attaques politiques. D’où l’importance d’en comprendre les rouages.

Vous ne détestez pas le lundi de Nicolas Framont

Après la publication du radical Parasites en 2023, Nicolas Framont renouvelle sa collaboration avec les éditions Les liens qui libèrent pour un second essai sur la domination au travail. Pensé comme un manuel didactique, ce livre élabore des pistes de pensée et d’action pour se libérer collectivement de l’ordre établi et espérer in fine se soulager des souffrances personnelles liées au monde des entreprises.

Nicolas Framont – Vous ne détestez pas le lundi

Mécanique du privilège blanc d’Estelle Depris

Autre guide pratique à figurer parmi cette liste : Mécanique du privilège blanc. Dans celui-ci, l’essayiste Estelle Depris décortique sans détour les rouages de la suprématie raciale. Le but ? Définir ce qu’est le privilège blanc, éclairer comment il se manifeste et discuter de ses effets afin de mieux comprendre la lutte antiraciste.

Estelle Depris – Mécanique du privilège blanc

Le Bureau d’alphabétisation de Bertrand Guillot

Après avoir donné des cours d’alphabétisation à des adultes étrangers, Bertrand Guillot écrit un livre honnête et touchant inspiré de son expérience. L’ouvrage offre un incroyable coup de projecteur sur les défis quotidiens que l’illettrisme impose à des personnes souvent laissées dans l’ombre de la société (alors-mêmes qu’elles sont près de 2.5 millions en France aujourd’hui).

Bertrand Guillot – Le Bureau de l’alphabétisation

Le Déluge de Stephen Markley

“Prophétique”, “terrifiant”, “édifiant”, “un classique moderne”… C’est avec tous ces termes que l’auteur américain Stephen King, aussi surnommé le roi de l’horreur, décrit le nouveau roman choral de son homologue. Dans Le Déluge, Stephen Markley dessine en effet un tableau acerbe et saisissant sur le monde de demain, emporté par le capitalisme, le fascisme et réchauffement climatique. Une œuvre qui plaira autant aux amateurs de La Servante écarlate de Margaret Atwood (dont le succès de l’adaptation en série The Handmaid’s Tale prouve l’intérêt pour ce type de récit) que du dernier roman apocalyptique de la journaliste féministe Lauren Bastide, 2060.

Stephen Markley – Le Déluge

Vous ne baiserez pas de Naya Ali

Dans le sillage de La Chair est triste hélas d’Ovidie, la journaliste et présentatrice du podcast Hot Line Naya Ali lève un tabou : celui de ne plus vouloir avoir de relations sexuelles avec les hommes. La raison est simple, bien que difficilement comprise par son entourage : a décidé d’arrêter de se plier aux injonctions sexistes qu’elle subissait lors de ses rencontres amoureuses et charnelles. L’autrice se raconte ainsi dans un essai libre, avec l’humour et la franchise qu’on lui connaît. À travers son expérience, c’est toute une histoire des rapports de séduction contemporains qui s’esquisse, laquelle donne matière à réfléchir.

Naya Ali – Vous ne baiserez pas

Kink d’Axelle de Sade et Meta Tshiteya

Dernier livre lu et recommandé par Victoire Tuaillon : Kink d’Axelle de Sade et Meta Tshiteya. Un livre érotique, illustré par Stella Polaris, qui a pour but de poser un regard neuf sur les pratiques sexuelles qui sortent des normes. Ouvrir le champ des possibles, sortir de la routine : le lecteur ou la lectrice est invité·e à explorer sa singularité pour enrichir ses fantasmes avec joie, inventivité et respect. À lire pour le plaisir de (se) troubler.

Axelle de Sade, Meta Tshiteya – Kink

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